
Irak : cinq minutes pour comprendre la contestation qui a déjà fait plus de 100 morts
Irak : cinq minutes pour comprendre la contestation qui a déjà fait plus de 100 morts
Depuis mardi, le pays est frappé par un mouvement de contestation sociale inédit, né sur les réseaux sociaux. Une colère spontanée, à laquelle les autorités répondent de manière sanglante.
Près de 100 personnes, en grande majorité des manifestants, ont été tuées et environ 4 000 blessées en Irak, depuis le début, mardi, d’un mouvement de contestation inédit dans le pays. Au centre des revendications, la corruption, le chômage et l’indigence des services publics, dans un pays sorti il y a moins de deux ans de près de quatre décennies de conflit.
Elles sont multiples, dans un pays qui peine à se relever des retombées de la guerre américaine de 2003, qui a démantelé l’Etat et les institutions. Au centre de la colère des manifestants, la déliquescence des services publics – le pays fait face à une pénurie chronique d’électricité et d’eau potable – et « l’incapacité du nouveau gouvernement, porteur d’espoirs […], à enclencher les réformes qui s’imposent en réalité depuis 2003 », explique Myriam Benraad, chercheuse associée à l’Institut de Recherches et d’Études sur les Mondes Arabes et Musulmans (Iremam), interrogée par L’Express.
Autre élément d’explication : le chômage massif des jeunes (un moins de 25 ans sur quatre est sans travail). « Cette crise est ainsi le symptôme violent d’une problématique générationnelle en suspens : il s’agit d’une contestation des jeunes contre des élites vieillissantes qu’elles ne représentent plus », analyse Myriam Benraad. Au centre des protestations des jeunes : la corruption des élites chiites, qui ont accédé au pouvoir en 2003, mais qui ne servent que leurs propres intérêts. « Les institutions sont rongées en interne par ses réflexes de prédation de nature politique et économique », explique Myriam Benraad.
Selon les chiffres officiels, quelque 410 milliards d’euros d’argent public (soit quatre fois le budget annuel de l’Irak !) ont été accaparés par les hommes politiques de tous bords et les chefs de tribus depuis 2004.